25 mars 2007
Episode n°17: Road to Ravenhill (2/4)
En route pour Ravenhill ! Au terme d’une rencontre globalement bien maîtrisée (victoire 17-10), PRS s’est qualifié pour les demi-finales de la Ulster Schools’ Cup of Rugby, et ce pour la deuxième fois en deux ans. Une performance historique pour l’école, racontée par nos envoyés spéciaux au bord du terrain, Jutta Wöhl et Moi-même.
« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bonjour ! Bonjour Moi-même !
_ Bonjour Jutta ! Comment allez-vous ?
_ Not too bad et vous-même ?
_ Non, moi c’est Moi-même.
_ Oui, je sais, mais comment allez-vous Moi-même ?
_ Ce n’est pas français ce que vous dites là ! On dit : « comment allez-vous vous-même ? »
_ Mais euh, je sais bien ! Mais vous vous appelez bien Moi-même non ?
_ Euh, non, en fait je m’appelle rarement Moi-même… J’ai vraiment du mal à saisir où vous voulez en venir…
_ …
_ Enfin en tout cas vous pourriez me demander comment je vais au lieu de ne penser qu’à vous ! Egoïste !
_ Mais je… !
_ Non non, trop tard pour les regrets ! Il fallait y penser avant ! Les auditeurs sauront s’en souvenir en temps voulus… Enfin… Mais sans plus attendre, passons à la présentation de ce match !
_ Tout à fait Moi-même ! Bienvenue donc en direct de Londonderry pour ce match amical qui va opposer l’équipe du VfB Stuttgart à celle du Borussia Dortmund.
_ Hein ?! Mais enfin Jutta !!
_ Oups, pardon, autant pour moi, je m’étais trompée de fiche ! Suis-je distraite ! Allez je recommence ! Bienvenue donc aujourd’hui pour assister au match entre Foyle et Portora Royal School, quart de finale de la Ulster Schools’ Cup of Rugby. Quelles sont les conditions de jeu ?
_ Soleil et vent léger, terrain gras mais pas trop, une assistance fournie, en particulier du côté de l’équipe visiteuse : tout est réuni pour un beau match de rugby !
_ Oui, espérons que les joueurs soient à la hauteur !
_ A la hauteur de quoi ?
_ Ben, de l’évènement !
_ Quel évènement ?
_ La Schools’ Cup. Les quarts de finale. Le public venu en nombre. Vous êtes idiot ou quoi ?
_ Non, moi c’est Moi-même, je vous l’ai déjà dit ! Et si vous finissiez vos phrases, peut-être que ça irait mieux ! Simple, clair et précis, c’est comme ça qu’on doit faire. Enfin…
_ …
_ Tiens, à cause de vos bêtises, on n’a même plus le temps de faire les compositions d’équipe, car le match a déjà commencé ! Quoi, 3-0 pour Foyle ?!? On a même loupé les premiers points !
_ C’est une pénalité inscrite par euh… le… euh… un joueur de Foyle !
_ (marmonne) Ouais bah y’a pas que Portora qui a un handicap d’entrée de jeu là…
_ Pardon ?
_ Je disais simplement que Portora est mal parti encore une fois…
_ Oui, mais c’est moins grave que la dernière fois non ?
_ Oui, en effet, avec un score de 3-0, la sanction est moins sévère que lors du match contre Limavady Grammar. Attention toutefois à ne pas se laisser complètement submergés, car pour l’instant, la domination est adverse. (pense) Allez, voyons voir comment elle va enchaîner cette fois.
_ Tout à fait, on a l’impression que… que… que Portora est battu dans… (à elle-même) Vite, il faut que je trouve quelque chose à dire !!! LE JEEEUUUU !!!!!! Ouf, j’ai trouvé quelque chose à dire ! Enfin maintenant, faudra voir à crier moins fort… Allez ma petite Jutta, on ne perd pas le fil, tu feras mieux la prochaine fois !
_ … (soupire à lui-même) Eh beh, ça promet… C’est ça ! Le suspense n’en est que plus renforcé ! Comment Portora va-t-il s’en sortir une fois de plus ? Les clefs du match sont là : si Portora se réveille, je pense que l’équipe est nettement supérieure à Londonderry. Si par contre l’équipe ne se désinhibe pas, alors le match risque d’être très angoissant… »
***
Les minutes passent… Après une demi-heure de jeu en première période…
« Et c’est une touche en faveur de Portora à cinq mètres de la ligne d’essai ! Très bon passage de l’équipe ! On la sent beaucoup plus en jambes et beaucoup plus entreprenante !
_ COOOMMMEEE OONN POOOORTOOOORAAAA ! P – P – P – R – S !!!!
_ C’est clair, allez les petits !!! Ah, mesdames et monsieur, l’ambiance est é-lec-tri-que ! Tous les supporters jaune et noir s’amassent au niveau de la touche pour pousser leurs joueurs dans l’enbut ! Mais ?! Mais, Jutta, vous allez où ?!
_ Moi aussi j’y vais ! P – P – P – R – S !!! Go on boys !!! Tor, Tor, noch ein Tor !!!
_ Bon, ben… Finalement c’est peut-être pas plus mal ! Allez, on s’applique les gamins, l’essai est à portée de mains ! La touche est jouée… récupérée par Portora… C’est bien les gamins ! Allez, on pousse maintenant ! Poussez ! Poussez ! POUSSEZ !!! OOOOOOOUUUUUAAAAAAAAIIIIIIIIS !!! ESSAI POUR PORTORA !! Après une touche bien négociée, le pack jaune et noir progresse et s’en va aplatir derrière la ligne ! 5-3 pour Portora ! Ouf, on respire ! Et maintenant la transformation… Galbraith se concentre… Et c’est réussi !
_ SIEBEN PUNKTE ! SIEBEN PUNKTE ! RICHTIG NE ?!
_ (avec la voix d’un petit garçon) Ja, ja ! Aber vielleicht könnten wir auf Englisch sprechen ? Glauben Sie nicht ?
Note de Moi : Et là, avant la prochaine réponse de Jutta, il me faut vous expliquer quelque chose. Toute la conversation qui précède – et celle qui suivra – a bien sûr été inventée, mais si elle avait eu lieu, elle se serait déroulée en anglais. Or, alors que je viens de répondre en allemand à Jutta, celle-ci, stupéfaite et totalement déstabilisée par mon allemand impeccable (et surtout mon accent merdique), en perd son latin, et me répond… en français ! Ce qui va suivre n’est donc pas une traduction de l’anglais, mais bien Jutta quand elle parle notre magnifique langue…
_ (avec l’accent d’un ivrogne) Ah oui ! Je vous demande pardon. »
Voilà, n’était-ce pas merveilleux ? Reprenons maintenant le cours normal de notre retransmission…
***
Quelques minutes plus tard, c’est la fin de la première mi-temps, finalement conclue sur le score de 10-3 en faveur de Portora, après une pénalité de Paul Galbraith.
***
La reprise…
(sans savoir qu’il est déjà à l’antenne) « Mais elle est où encore celle-là ? Aux toilettes ?! Dites-lui de se magner, le match va bientôt reprendre ! J’vous jure les bonnes femmes, par moments… (Mets la main à son oreillette, prends l’air surpris puis fixe la caméra avec un grand sourire) Mesdames et messieurs, bienvenue pour cette deuxième mi-temps des quarts de finale de la Ulster Schools’ Cup of Rugby qui met aux prises Foyle and Londonderry School et Portora Royal School ! Rappelons que les visiteurs mènent logiquement 10-3 à la mi-temps. Après un début de match difficile, les Jaune et Noir ont en effet mis le diesel en marche et sont passés devant au score. S’ils restent sur la même dynamique, on voit d’ailleurs mal comment Foyle pourrait venir inquiéter PRS, tellement les abeilles dominent les débats… Mais le sport reste le sport et sa glorieuse incertitude peut toujours venir chambouler les pronostics ! »
***
Après quelques minutes en seconde période, et alors que Jutta n’est toujours pas revenue…
« Quel dommage que cet essai en coin n’ait pas été accordé ! A 17-3 pour Portora, les Enniskilleners auraient pu gérer tranquillement la fin de match… Espérons qu’ils n’auront pas à regretter encore plus cette erreur d’arbitrage… Mais le jeu continue ! Et c’est Portora qui a la possession du ballon… Galbraith… Galbraith toujours… Galbraith encore... qui slalome entre les défenseurs… Galbraith qui se rapproche de la ligne d’en-but… ESSAI POUR PORTORA !! Galbraith qui aplatit entre les poteaux après un exploit individuel ! Le n°10 peut fêter son essai, c’est un authentique exploit personnel qu’il vient de réaliser ! 15-3 pour Portora, et peut-être 17 après la transformation, qui ne devrait être qu’une formalité pour le héros du match ! Oui, c’est fait ! 13-3 pour Portora, ça sent bon la demi-finale pour les boys du Fermanagh !
_ Ah, ça va mieux ! Ben… pourquoi tout le monde crie ?
_ ESSAI POUR PORTORA !!
_ C’est vrai ?! Ja Hund Scheiß verreckter, bluadige Hennagrepf und Kraiz Birnbaum und Hollastauda!!! J’ai loupé ça !
Note de Moi : Bon ben ça, je ne vais pas le traduire finalement… ça sonne mieux en allemand !
Mais hourra quand même ! P – P – P – R – S !!!! Come on Portora !!!! »
***
A un quart d’heure de la fin, Foyle et Londonderry School inscrit un essai qui relance le suspense (17-10)… Jutta stresse, et ça se voit / s’entend…
« C’est insoutenable. Unerträglich ! Au secours ! Hilfe ! Je vais devenir folle !
_ Devenir ?!
_ Oh vous, le macho de première, arrêtez avec votre ironie à deux balles !
_ …
_ C’est pas parce que vous ne mélangez pas mêlée et maul que vous êtes plus malin que moi ! Non mais !
_ Elle se prend pour qui celle-là ? Elle veut commenter un match de rugby, et elle sait même pas faire la différence entre un ballon rond et un ballon ovale ! Je sais bien que vous êtes blonde, mais c’est pas une excuse pour être bête comme ses pieds !
_ Ouh que c’est mesquin ça ! C’est petit ! Tout petit petit ! Espèce de primate !
_ Dyslexique de la géométrie !
_ Homme des cavernes !
_ Inculte ! »
Et le spectacle affligeant des noms d’oiseaux continue… Pendant ce temps-là, le match se termine. Après une fin de match crispante, Portora se qualifie pour les demi-finales pour la deuxième année consécutive…
***
Au bout d’une vingtaine de minutes…
Claude : « Euh, Jutta, Moi-Même, le match est terminé… On n’attend plus que vous pour repartir…
_ Pithécanthrope ! Hein ?! Quoi ?! C’est vrai ?!
_ Oui oui, ça fait déjà une vingtaine de minutes là…
_ (en chœur) Non ?
_ Si.
_ (Jutta) Et qui est-ce qui a gagné ?
_ C’est nous. 17-10. Les dernières minutes étaient tendues, mais heureusement, j’avais mon chewing gum ! Dites… J’peux savoir pourquoi vous vous engueuliez là ? Rien de grave au moins ?
_ (les deux mêmes) Non non, tout va bien, tout va même très bien !
_ Ok, tant mieux ! Je vous attends au bus !
(Claude s’en va)
_ Jutta, pardon… J’me suis comporté comme un idiot…
_ Non, c’est moi, mes nerfs… J’me suis laissée emporter… Pardon…
_ C’est quand même n’importe quoi le sport parfois, tu trouves pas ?
_ Yep, c’est clair…
_ (en se dirigeant vers les bus) Bon allez, viens, on nous attend… »
(Ecrit avec l’autorisation et même la collaboration de Jutta. Vielen Dank meine Freundin)
Et voilà ce que cela donne quand les deux assistants se mettent au rugby…
18 mars 2007
Episode n°16: Edinburgh and the Book of Knowledge
Un rêve qui naît d’une seule photo et qui se termine par des centaines. Pour rêver, encore, encore, encore…
Du vent qui souffle et de l’art d’atterrir
Je n’ai pas spécialement peur de prendre l’avion. Tout d’abord parce que je sais que, statistiquement, j’ai plus de chances d’avoir un accident en prenant le volant qu’en prenant les airs, mais aussi parce que je sais que, s’il m’arrive quelque chose en avion, je ne pourrais pas y changer grand-chose (là je sens qu’il y en a un qui va me tuer !) ! Et là, nul besoin de faire appel aux statistiques pour vous convaincre que les probabilités sont plus fortes pour moi de réchapper d’un boum en voiture que d’un bang en avion (là j’en connais un qui va me tuer une deuxième fois !).
A l’heure de prendre l’avion pour Edimbourg, je n’éprouvais donc aucune appréhension particulière. Qui plus est, le périple en bus avait été pépère, le panneau des départs n’avait pas annoncé de péripéties, et il n’y avait pas eu de pépin au passage des portes de contrôle non plus. Bref, paquetages en soute, papiers en règle, nous étions prêts à planer direction le pays des Lothians pour faire le plein de souvenirs. Et, à vrai dire, je ne pensais pas que ça allait commencer aussi vite !
Vous n’êtes pas sans savoir que, depuis le début de mon assistanat, j’ai rencontré quelques problèmes avec les différents moyens de transport que j’ai utilisés… Le bus, la voiture : finalement, il ne manquait plus que l’avion pour compléter le tableau. Non, en fait, il manque aussi le bateau et le train. Mais, parlons seulement de ce qui est probable, car pour ce qui est du train, ce n’est pas à Enniskillen que je vais avoir des problèmes : il n’y en a pas ! Entre parenthèses, c’est d’ailleurs dans ces moments-là (et aussi quand tu dois te taper des heures et des heures de bus pour parcourir un centaine de kilomètres, j’avoue que ça pèse dans la balance quand même un petit peu…) que tu apprécies d’habiter en France et de bénéficier d’un réseau ferroviaire de qualité et performant. Alors oui, bien sûr, notre chère compagnie des chemins de fer fait grève régulièrement (et pas toujours pour de bonnes raisons), mais au moins elle EXISTE !
Mon coup de gueule étant poussé, je peux revenir à mes avions. Une dernière chose toutefois : certaines personnes qui lisent attentivement mon blog, enfin si ça existe – meurtre de Vincent, troisième ! – me feront certainement remarquer que j’ai laissé de côté les bateaux. Certes. Mais de un, je n’ai pas eu l’occasion de beaucoup emprunter la voie maritime pour me déplacer, et de deux, je fais ce que je veux ! Je sais, c’est injuste, mais que voulez-vous, le monde est ainsi fait… D’ailleurs, si je le voulais, je pourrais même décider de mettre « un point final » juste là, rien que pour vous embêter. Niark niark niark ! Mais, parce que je suis magnanime, je vais arrêter de vous faire tourner en bourrique – une pensée me vient à l’esprit : plutôt que « du vent qui souffle et de l’art d’atterrir », j’aurais dû écrire « de l’art de tourner en rond », ça aurait été plus juste !
Enfin bref, mes avions ! Ou plutôt mon avion, et son pilote. Qui eux, par contre, ne tournaient pas vraiment ronds ce soir-là. Ou alors qui étaient ronds comme des culs de pelle, ça dépend de la manière dont vous voulez le tourner. Ben oui, disons qu’à force de faire des ronds dans l’air – c’est un avion, pas un bateau, donc je m’adapte aux circonstances. Oui, je sais, c’est impressionnant cette faculté d’adaptation… Ca devient une sorte de réflexe quand on a roulé sa bosse. Mais, je disais donc qu’à force de faire des ronds dans l’air, ils ont fini par nous faire tourner la tête…
Etant placé au niveau des ailes de l’avion comme à chaque fois – disons que je considère ça comme une précaution, je savais que le problème – si problème il y avait – ne venait pas de là. Mais y’a pas, ça tanguait, ça tanguait, encore et encore ! Bon, pas besoin de retourner le problème dans tous les sens pour comprendre que c’était la faute du vent. Quoique… Ben faut dire qu’à force d’être ballotté dans tous les sens comme dans un tambour de machine à laver, j’crois que c’est normal de tourner de l’œil ! Et j’vous raconte pas l’état dans lequel on était à l’atterrissage… Oui, c’est bien ça : lessivés !
De bâtir des bâtiments aux proportions impressionnantes
Encore une fois, une photo vaut mieux qu’un long discours…
Bon, je sais bien que Martina et Jutta sont à genoux. Je sais aussi que ce ne sont pas les plus grandes personnes du monde. Mais tout de même, ces bâtiments étaient vraiment d’une taille gigantesque. L’étroitesse de la rue accentuait encore cette impression. Et le fait que ces immeubles soient de l’époque médiévale ne fait, à mes yeux, que les rendre encore plus grands.
De marcher et de s’orienter en terres inconnues
En toute logique, la première chose que l’on doit faire quand on arrive dans une ville qui nous est inconnue, c’est aller à l’office de tourisme, demander un plan de la ville et repérer sur ce plan les endroits importants. En tout cas, c’est comme ça que je fais à force de traîner avec des Allemands. Mais pourtant cette fois…
Une des élèves de Jutta, Rachel, a une sœur qui est étudiante à Edimbourg. Sachant que nous nous rendions là-bas, Rachel nous a donc mis en relation avec Mary Jane – puisque tel est son nom – pour qu’elle nous guide un peu à travers la ville, du moins le temps d’une journée. Seulement voilà… Quand le guide ne connaît pas la ville, c’est un peu comme quand le pilote de l’avion lutte contre le vent : on tourne en rond !
Bon, ok, dire que Mary-Jane ne connaissait pas Edimbourg, c’est vraiment exagéré. C’est juste que, Mary-Jane, comme un certain nombre d’habitants d’Edimbourg (mais aussi de Paris, de New York, de Londres, de Boulogne-sur-mer, et de toutes les villes touristiques à travers le monde… si, si, Boulogne-sur-mer EST une ville touristique je vous assure), est victime du syndrome que j’appelle « j’habite dans une ville touristique et pour moi les attractions font partie du décor » ou bien encore « je passe devant ces monuments tous les jours et du coup je n’y fais plus attention ». Ce qui se traduit dans les faits par des situations du genre :
« Et le musée des gens d’Edimbourg, c’est comment ?
_ Mary-Jane :… »
Ou
« Si on se promenait du côté de Calton Hill ?
_ M-J : C’est où ça ? »
Non là, je suis franchement très méchant, j’exagère, je divague, j’en rajoute des tonnes. Je le dis d’autant plus sincèrement que, pour moi, aller dans une ville pour y habiter / étudier / travailler et aller dans une ville pour la visiter, ce sont deux optiques diamétralement opposées. Pour illustrer notre propos, reprenons un instant notre exemple de Boulogne-sur-mer (car je persiste et je signe, c’est une ville touristique). Même si je n’y ai jamais habité, j’ai toujours été un voisin proche. C’est là que j’ai fait une partie de mes études, c’est là que je sors le plus souvent, c’est là qu’habite une partie des amis, etc. D’ailleurs, c’est bien simple, quand je parle d’ « aller en ville », la ville en question, c’est Boulogne. Pour moi, elle n’a donc rien de fantastique, puisqu’elle fait partie de la routine, et les trésors extraordinaires dont elle regorge me laissent, à la longue, de plus en plus insensibles, quand je n’ignore pas tout de leur existence ! Edimbourg, en revanche, est une ville que je ne verrais peut-être qu’une seule fois dans ma vie. Par conséquent, même si je n’ai pas pu tout visiter durant nos quelques jours passés là-bas, je l’ai certainement explorée plus que certains de ses habitants ne le feront jamais. Et ce notamment grâce à notre guide, qui, comme je l’ai déjà dit, manquait un peu de repères…
Pourtant, à Edimbourg, on ne peut pas dire qu’ils n’ont pas le sens de l’hospitalité. En effet, pour éviter des déplacements inutiles aux touristes fainéants, tous les musées, bâtiments officiels (dont le Parlement écossais), magasins de souvenirs, etc, sont regroupés le long d’une immense rue en ligne droite (mais en pente malgré tout) qui relie le château fort (Edinburgh Castle) à la résidence royale de Holyrood House. Pour s’en convaincre, il suffit d’ailleurs de regarder la petite carte qui suit :
Cette très longue artère est communément appelée « the Royal Mile ». « Mile », parce qu’elle fait à peu près un mile (soit « un ciseau neuf » mètres – 1 6 0 9 mètres – c’est mon moyen mnémotechnique pour le retenir), et « Royal », étant donné qu’on a les résidences royales – l’ancienne (celle des souverains d’Ecosse) et la nouvelle (celle de la famille royale britannique quand ses membres sont en visite dans la région) – à chaque extrémité. On peut difficilement faire plus simple…
En revanche, sortis de cette rue, Edimbourg est, comme tous les territoires inconnus, une espèce de jungle dans laquelle le danger peut surgir à tout moment. A Edimbourg, les rues sont peuplées de fantômes, de vampires, de fans d’Harry Potter… Dans ce contexte hostile, il s’agit donc de faire preuve de vigilance, d’être sur ses gardes, et surtout, de ne pas SE PERDRE ! Malheureusement, et en dépit de leur sens aigu de l’organisation, il y a certains paramètres que les Allemands ne peuvent maîtriser. MJ en est un, et leurs problèmes d’orientation personnels en sont un autre. Surtout quand il s’agit de Jutta, car il faut alors intégrer un autre élément : Jutta est têtue. Et une bavaroise qui est têtue, ça se sent !
« J : Alors, où est Cowgate ?
_ V : Je pense que si on prend…
_ J : Voilà, ça y est ! (en s’éloignant dans la direction qu’elle a choisi) J’ai trouvé !
_ V : Mais Jutta…
_ J : Faites-moi confiance, suivez-moi ! »
Quelques heures plus tard, alors qu’on se retrouve dans le port d’Edimbourg, face au Britannia…
« J : Ah, ben je crois qu’on s’est trompé…
_ V : On ?!
_ J : Ben oui, vous auriez pu me dire qu’on était dans la mauvaise direction… »
Non, encore une fois, j’exagère. ON s’est parfois perdu un peu, mais sans grande conséquence. En revanche, ce qui est vrai, c’est qu’on a marché, marché, marché. Jusqu’à l’épuisement total. Mais pour notre plus grand bonheur, car c’est aussi ça être touriste…
De parler allemand (sic)
Mes talents en allemand ne sont plus à démontrer. Euh, en fait si, mais pas maintenant, alors que je m’adresse à vous, Français et francophones. Je tiens à VOUS épargner mes errements linguistiques incompréhensibles d’initié. Je tiens aussi à ME préserver d’une flatterie que je ne mérite pas – oui je sais je suis trop modeste. Mais en même temps, il faut me comprendre : je risquerais de vous écoeurer si je mettais en pratique tout ce que j’ai appris depuis huit mois. Car depuis que je suis en Irlande du Nord, je n’ai jamais autant rencontré d’Allemands de ma vie. Pire, j'HABITE avec une Allemande, qui me martyrise régulièrement à coups de « Hallo ! wie geht’s ? », de « Gute Nacht » et de « Tchussi ! ». Conséquence, mon cerveau, comme celui d’innombrables personnes avant moi, est peu à peu colonisé par la langue germanique, formaté à la rugosité des « traurig », traumatisé par la torture « virelangesque » des « Schwarzwälder Kirschtorte » et des « Rührteig Backpulverteig ».
Mais le pire – oui, je sais, on atteint des sommets dans l’ignoble – le pire disais-je, ce sont les réunions des disciples de Goethe (un obscur poète allemand…). C’était encore le cas ce vendredi soir là à Edimbourg, où je me suis retrouvé entouré de six demoiselles d’Outre-Rhin. Pour certains, cela ressemblerait à la réalisation d’un fantasme sur lequel nous ne nous étendrons pas plus ici. Pour moi, il s’agissait plutôt d’un cauchemar éveillé. Certes, comme je l’ai déjà dit, à la base, mes talents dans la langue de Freud sont immenses. Mais mon « ça », mon « moi » et mon « surmoi » sont en conflit permanent (une vague histoire d’ego…) et, du coup, « moi » refuse de jouer le je ; « ça » est là, mais comme « ça » est sous « surmoi » qui est aussi sur « moi », ça ne dépend pas vraiment de « ça » de savoir si de « ça » aussi dépend cela (ma capacité à parler allemand, je reprécise au cas où…) ; quant à « surmoi », « ça » et « moi » lui donnent tellement de travail qu’il n’en a pas grand-chose à faire que moi (moi moi pas moi « moi »), je sois un génie – n’ayons pas peur des mots une fois de plus – de l’allemand.
Oh, bien sûr, moi ça ne m’empêche pas d’essayer quand même de parler cette langue aux sonorités si faciles à admirer. Encore ce soir-là d’ailleurs, mais force est de constater qu’une fois de plus, mon esprit est resté sourd au chant des nixes…
D’être écossais
La fierté écossaise, ça n’est pas qu’une légende…
Mais elle prend des formes parfois surprenantes, pour ne pas dire ridicules…
De savoir attendre
Une des qualités que nous a permis de cultiver l’Irlande du Nord, c’est la patience. Patience avec les élèves, patience avec soi-même, mais aussi, et ça ne surprendra personne si je dis ça, patience avec les transports en commun, qui se résument ici aux BUS, aux BUS et encore aux BUS.
Oh, il est loin le temps où la barrière de l’accent m’empêchait de comprendre les chauffeurs de BUS, mais il est un problème de taille contre lequel on ne peut rien et qui nous empoisonne la vie chaque fois qu’on veut prendre le BUS : les horaires farfelus des BUS en Irlande du Nord (en Irlande tout court d’ailleurs).
Je ne me suis jamais aventuré à éplucher le guide de la compagnie de BUS (je tais son nom pour la protéger) qui exploite le réseau routier nord-irlandais, mais il m’est arrivé plus souvent qu’à mon tour d’être la victime malheureuse de leurs horaires impossibles. Je ne connais d’ailleurs pas le nom de la (ou des) personne(s) qui est (sont) responsable(s) de ce casse-tête chinois insoluble, mais ça doit être un (de) sacré(s) plaisantin(s) ! Je ne parle pas tellement des liaisons Enniskillen – Belfast, car elle est plutôt bonne (par contre on passera sous silence le fait qu’entre Dungannon et Enniskillen, le BUS s’arrête à chaque petit village, faisant même des tours et des ratatours pour être sûr de ne pas en oublier un), mais pour le reste…
Forcément, qui dit patienter dit aussi trouver de quoi faire pour passer le temps. Une des règles les plus élémentaires dans cette perspective, c’est de trouver un bon café bien accueillant, de s’asseoir autour d’une table dans les sièges les plus confortables possible et de commander une « boisson qui permette de faire passer le temps ». Car oui, mesdames et messieurs, il existe des boissons qui ne permettent pas de passer le temps ! Prenez le jus d’orange par exemple. Le jus d’orange n’est pas une boisson qui permet de passer le temps. Pourquoi ? Mais voyons il n’y a que les gens pressés qui prennent un jus d’orange ! Ils sont d’ailleurs tellement pressés qu’ils s’empressent de presser le serveur pour qu’il presse le pas et le jus d’orange, en menaçant le pauvre homme de mauvaise presse s’il manque d’empressement !
Non, quand on veut passer le temps, on prend un café. D’ailleurs le choix du café fait déjà passer un peu le temps : latte ? mocha ? cappucino ? expresso ? long ? court ? avec ou sans sucre ? Du lait ? Un morceau de chocolat ? Puis on attend. Que le café soit servi bien sûr, mais aussi de pouvoir le boire, car un vrai café est toujours trop chaud pour être bu immédiatement et d’une traite. Et bien souvent, même quand on pourrait le boire, on attend encore. Pour prolonger le plaisir, parce qu’on n’a pas envie de partir. C’est comme ça avec un café : aussi petit soit-il, tant qu’il reste une goutte ou que la tasse n’a pas été ramassée, il nous sert d’excuse pour rester encore un peu plus longtemps.
Malheureusement, quand l’attente est très longue, même le café ne suffit plus. Il convient alors de trouver encore un autre moyen de passer le temps. Pour ma part, je ne suis pas fan de sudoku et encore moins de tricot. Je suis certes mordu de lecture et d’écriture, mais je suis incapable d’écrire ou de lire quand il y a trop de monde autour de moi. Jouer aux cartes ? Ça va bien un moment. Ecouter de la musique ? Je n’ai pas de MP3 ni de iPod ni aucune autre forme de lecteur de musique portable. Par contre, j’ai toujours sur moi mon appareil photo numérique…
Trouver plaisir à fixer pour l’éternité le temps qu’on a essayé par tous les moyens de faire passer au plus vite, c’est une manière de conjurer le paradoxe. Enfin, sans aller si loin, c’est surtout l’occasion de se créer des souvenirs, pour rêver, encore, encore, encore…
04 mars 2007
Episode n°15: Before I miss the bus...
Des anecdotes, courtes, drôles, passionnantes, tristes ou que sais-je encore ! Un reader’s digest de tout ce dont j’aurais dû vous parler depuis des lustres mais que je n’ai jamais pris le temps d’écrire.
Sean les bons tuyaux
Certains s’en souviendront peut-être, il fut un temps où je me plaignais beaucoup des douches. Et bien laissez-moi vous l’annoncer fièrement : cette époque est révolue ! Oh, depuis un moment déjà, mais que le combat fut âpre, que la lutte fut intense !
En tout cas, finies les douches froides forcées le matin ! A pus ! Envolées ! Maintenant je peux décider si ma douche sera glacée, froide, tiède, chaude ou carrément brûlante ! Quel luxe (et je le dis sans ironie ni sarcasme) ! Merci donc à toi Sean ! Merci de t’être sacrifié pour nous et d’avoir arpenté la plomberie de Portora à l’aide de ta lampe torche (merci à elle aussi, car elle a vécu de sacrées aventures !). Merci car je sais que ça a été un sacré bazar. Merci pour les jours passés à déchiffrer le fonctionnement de cette foutue plomberie de l’école dont personne n’avait fait de plans et pour les heures perdues en conséquence à percer des trous dans tous les sens (on aurait cru qu’il y avait une invasion de termites !). Merci aussi de ne pas avoir perdu patience quand tu as dû affronter dans des combats épiques les robinets qui fuyaient et ceux qui ne voulaient plus couler. Merci enfin de ne jamais t’être énervé alors qu’on te demandait à chaque fois qu’on te croisait si tu avais bientôt fini.
MERCI !
Rodney
Une heure… En une heure, qu’a-t-on le temps de faire ? Pour certains, c’est à peine suffisant… D’autres ne savent qu’en faire… En une heure, Rodney a lui réussi une performance incroyable. Pour tout dire, je pense qu’il a même établi un record du monde de la spécialité. En une heure, Rodney a déménagé de Portora… puis ré-emménagé à Portora !
Ça parait absurde de ne déménager que l’espace d’une heure (non, en fait ça l’EST !), mais plusieurs indices troublants nous avaient laissé à penser qu’il n’était pas sûr de vouloir partir de Portora…
Tout d’abord, le jour de son déménagement. Ce jour-là, il fallait voir comment Rodney était agité ! Pire qu’une pile électrique, on aurait dit un Irlandais monté sur ressorts ! Je crois d’ailleurs qu’il ne m’a jamais autant dit « bonjour » et « ça roule ? » dans la même journée depuis septembre ! Comme je suis certain que je ne l’avais jamais vu venir autant de fois dans la cuisine en une journée ! Ces va-et-vient n’avaient d’ailleurs aucun sens. Il descendait dans la cuisine, il rentrait deux secondes, demandait comment j’étais, puis remontait dans sa chambre. Et ce « cirque » a duré pendant deux à trois bonnes heures. Cuisine, chambre, cuisine, chambre, cuisine, chambre. Oh tiens, et si j’allais faire un petit tour jusqu’à la cuisine pour voir si la poignée de porte fonctionne bien ?!
Ensuite, il n’arrêtait pas de parler de son nouveau chez lui. Au début, il en était très content. « C’est génial, je vais enfin pouvoir accueillir mes amis comme je veux ! Plus besoin de demander à personne, ils pourront venir quand ils veulent, on pourra faire autant de bruit qu’on veut, c’est vraiment génial ! » Puis très vite le discours a changé de ton, s’est fait moins enthousiaste : « Oh il n’a pas été habité depuis longtemps cet appart, il y a plein de poussière partout, et le journal sur la table date de septembre 2005 »… Pour finir par nous dire dans les deux derniers jours avant son départ « Je n’aime pas la moquette, elle est moche et elle pue. Je n’aime pas la chambre. Je n’aime pas la cuisine. Je n’aime pas ceci, cela et encore ceci ! Et puis il a fallu que je rachète ceci et cela etc. » Eh beh, si ça c’est pas de l’amour !
Bon, pour être honnête, Jutta et moi ne l’avons pas aidé à se motiver non plus. On va même dire qu’on l’a franchement découragé. Et pour cela, une seule tactique : trouver le point faible et l’attaquer là-dessus ! En l’occurrence avec Rodney, le point faible n’a pas été dur à trouver…
Les statistiques montrent que l’homme irlandais aime la vie. Ainsi, il aime à se retrouver autour d’une bonne table, pour trinquer, faire ripaille et pousser la chansonnette (et s’agissant de Rodney, il faut reconnaître qu’il la pousse plutôt bien !). Mais ce que l’homme irlandais aime par-dessus tout, bien plus que tout (c’est dire !), c’est PAR-LER !
L’homme irlandais est ce qu’on appelle communément un moulin à parole, un bavard, un blablateur, voire même une langue sur pattes. Toute occasion est bonne pour parler, même quand elle ne l’est pas !
Et donc inutile de dire que l’on a joué à fond sur cette corde sensible, de manière assez mesquine parfois : « Mais Rodney, tu veux vraiment partir vivre TOUT SEUL dans ton appartement du centre-ville, situé dans un immeuble où PERSONNE d’autre n’habite, loin de NOUS, les SEULES personnes à qui tu PARLES vraiment en dehors de l’école ? »
A vrai dire, on ne pensait pas que ça marcherait aussi bien !
FLA cherche mentors
Quand on est assistant de langue étrangère, ce qui est bien, c’est que l’on peut compter sur un mentor. Le mentor, c’est un professeur qui enseigne votre langue maternelle, celle dans laquelle vous devez l’assister (logique…), et qui vous sert de référent : il peut vous donner des conseils pour vos cours, vous demander d’insister sur telle ou telle activité, et c’est aussi le / la prof avec lequel / laquelle vous entretenez des rapports privilégiés.
Enfin ça, c’est quand tout se passe bien. Et aussi, bien évidemment, quand les mentors sont à l’école. De ce point, Jutta comme moi, on ne peut pas dire qu’on ait été gâté, et sans vouloir tirer la couverture à moi, je pense que j’ai été celui qui en a le plus bavé !
Il ne m’appartient pas de dévoiler ici les raisons pour lesquelles Eileen (Portora) et Audrey (Collegiate) ont été absentes, mais je peux néanmoins témoigner du fait que pendant un mois à un mois et demi, j’ai ramé quasiment tout seul dans les deux écoles. Car, comble de malchance, elles ont été absentes toutes les deux en même temps ! Et, comme déjà en temps normal les profs n’ont pas forcément beaucoup de temps à nous accorder, il est inutile de vous dire que les remplaçants font encore moins cas de votre situation…
Malgré tout, il y a quand même des évènements qui vous font relativiser l’importance de ce genre d’anecdotes et vous ramènent bien vite aux VRAIES priorités de la vie…
Au feu !
Portora est un vieux bâtiment. Et par vieux, je n’entends pas « vieux » comme dans « oh qu’il est vieux ce bâtiment ! » mais « vieux » comme dans « oh qu’il est vieux ce bâtiment ! ». Je sais, la nuance est subtile (voire imperceptible), mais laissez-moi vous l’expliquer sans plus tarder pour une fois !
Pour moi, il y a deux sortes de « vieux ». Il y a le vieux délabré, mal entretenu, qui n’a aucun charme, aucun style. Et il y a le vieux désuet, entretenu tant bien que mal mais avec charme et style. Portora est de cette race de bâtiments-là. Se dressant toujours fièrement au sommet de sa colline en apparence, mais néanmoins encore assez rustique de l’intérieur. Exemple…
En ce dimanche matin de novembre, alors que tout Portora était encore bercé par le silence de la nuit, un bruit vint perturber mon sommeil. Un bruit qui nous était étrangement familier, mais pourquoi résonnait-il alors qu’on était dimanche, et surtout pourquoi ne s’arrêtait-il pas ?
Pas vraiment réveillés – en tout cas pas prêts de se rendormir du fait de tout ce ramdam, tous les résidents présents ce dimanche se rejoignirent comme un seul homme dans le couloir qui mène à la cuisine. Je vous passe le détail des tenues de chacun (vous imaginez bien que nous étions tous sur notre trente et un, brushingés et colgatisés), mais j’avais l’esprit suffisamment désembrumé (j’adore inventer des mots !) pour noter avec plaisir que tout ce petit monde, à moitié endormi, la voix cassée, grognon, pas habillé, les marques d’oreillers encore bien visible sur les visages et l’haleine… bah l’haleine quoi, était pour la première fois réuni au même endroit au même moment. Eh oui, la première fois, c’est toujours un moment inoubliable…
Toujours est-il qu’après des négociations dignes des sommets internationaux – bah oui on est quand même deux Australiens, un Irlandais, un Irlandais du Nord, une Allemande et un Français à vivre sous ce toit, décision fut prise de tous se déplacer pour arrêter ensemble, vous l’avez compris, notre très sensible (pour ne pas dire autre chose) alarme à incendie de m*rd* (ah bah ça y est je l’ai dit !).
Prendre le couloir en direction de la cuisine. Passer la cuisine et continuer toujours trop droit. Aux escaliers, descendre et prendre la porte à droite. « Ah ben flûte, elle est fermée ! Comment on fait maintenant ? _ Pas grave, on fait le tour ! » Remonter les escaliers. En haut, tourner tout de suite à gauche. Longer le couloir et repasser devant la cuisine. Continuer jusqu’à la porte. Passer cette porte et descendre les escaliers sur la gauche. Descendre, descendre et descendre. Passer la porte face aux escaliers. « Nous voilà dans le hall d’entrée pour les résidents. Quelqu’un a les clefs pour ouvrir l’école de l’extérieur ? _... » Remonter les escaliers, refaire tout le chemin en sens inverse jusqu’à la fin. Passer la cuisine et les escaliers sur la droite. Continuer à travers le couloir et rentrer dans la pièce « interdit d’entrer ». Traverser cette pièce, puis la suivante. « La porte est fermée à clefs, et je n’ai pas la clef de cette porte-là. _ Tant pis, on la défonce. _ Ah non, finalement pas besoin Lochi, le verrou est de ce côté-ci aussi ! _ Zut alors… » Descendre les escaliers et prendre à droite. Hall d’entrée de l’école. « C’est pas trop tôt, elle commence vraiment à me soûler cette alarme ! »
Tableau de bord. « Alors, tapez X, Y*Z, A+B-C*D… _ Heureusement que ce n’est qu’une alarme incendie ! Je n’ose même pas imaginer ce que ce serait si c’était Fort Knox ! _ … Et l’âge du capitaine ! Voilà, c’est bon ! »
Hip, hip, hip, hourra ! L’alarme est morte ! Enfin presque… Le bruit avait été tellement fort qu’il persistait encore dans nos oreilles. Qui plus est, cela ne réglait pas le problème : pourquoi l’alarme s’était-elle déclenchée ? Pour résoudre ce mystère, pas d’autre solution que d’arpenter les couloirs de Portora en pyjamas et pantoufles / chaussures à sept heures du matin un dimanche… Ce que nous fîmes avec la plus grande allégresse bien entendu (sic).
Etait-ce encore un tour de notre facétieux Franz-Friedrich (qui est depuis aux abonnés absents) ? Toujours est-il que le feu, dont l’alarme nous annonçait qu’il s’était déclaré dans les labos de chimie, avait apparemment vécu, car point de feu dans les labos de chimie, pas même le nano-micro-début d’une flamouchette (que les scientifiques me pardonnent pour ce recours certainement abusif à un langage que je ne maîtrise pas du tout). Ni là ni ailleurs à vrai dire. Et finalement c’est bien ça qui m’inquiète !
Omnes honorate
Portora est un vieux bâtiment. Je ne vais pas vous refaire le couplet ci-dessus, mais il est important tout de même que vous compreniez à quel point cette école est attachée à son histoire, à sa grandeur, à son titre de « Royal School » aussi, tout comme aux élèves illustres qui ont franchi ses portes et ont contribué à sa légende (Oscar Wilde et Samuel Beckett en tête).
Quand on arpente les, enfin, le couloir de Portora (et un c’est bien suffisamment, car le verbe « arpenter » est loin d’être galvaudé ici croyez-moi !), il est d’ailleurs impossible de ne pas se rendre compte à quel point cette école vit et revit son histoire jour après jour, tout en s’efforçant également de vivre son présent pour préparer son futur. Sur les murs sont en effet accrochées les photos officielles de chaque équipe première de rugby et de chaque équipe première d’aviron de l’école depuis la fin du XIXè siècle. Ailleurs sont suspendus des tableaux d’honneur où sont inscrits les noms des anciens élèves qui ont reçu des prix d’excellence dans leurs études universitaires. Dans le réfectoire se trouvent les tableaux de tous les anciens « headmasters » de l’école depuis la création de l’école en 1608. A l’entrée, enfin, sont accrochées des plaques commémoratives pour « Samuel Beckett 1906-1989 1969 Prix Nobel de Littérature élève de 1920-1923 » et pour « Oscar Wilde 1854-1900 Ecrivain et homme d’esprit élève de 1864 à 1871 ».
Je dis enfin, mais j’oublie les œuvres des élève affichées dans la salle des derniers cycles (la salle des ordinateurs, celle d’où je poste mes articles et où il fait un froid de canard même en pleine journée !). J’oublie aussi les photos d’école (ils ne font pas de photos de classe) qui font le tour de la Seale Room et j’oublie enfin le tableau d’Oscar Wilde dans le hall d’entrée des résidents !
Tout cela peut paraître anodin (ça fait quand même beaucoup !), et pour beaucoup cela paraîtra même anecdotique, mais ce n’est finalement que l’illustration parfaite de la devise de l’école « Omnes Honorate » (honore toute chose).
Oui, tout à fait d’accord : Omnes Honorate. Y compris la moquette de cette fameuse entrée des résidents, piétinée, écrasée, labourée, bref, malmenée par les allées et venues incessantes.
Enfin, Omnes Honorate, ça comprend aussi (au moins ça devrait) les GENS qui habitent dans l’école, et qui n’ont pas été prévenus qu’on allait condamner la porte d’entrée des résidents, la seule porte dont, bien entendu, nous avions la clef pour rentrer ce lundi soir avec les courses…
"People say that the schoolmaster [was] abroad [that evening]. I wish to goodness he were."
(O. Wilde, Critic As Artist)
Pas de bol pour lui, même pas ! Niark niark niark !!
Ode au Grille-pain
Portora est un vieux bâtiment, mais le grille-pain était lui jeune, très jeune. Trop jeune même. Et pourtant, si Portora tient toujours debout et n’a pas (encore) été victime des flammes, le grille-pain lui s’en est allé. Vite, très vite, trop vite. Portons donc un toast à sa santé…
« O Toaster, grilleur de pain de mes matins, tu n’étais pas comme tous les toasters. Parce que tu étais le mien, que dis-je ! le nôtre ! Oui Toaster, plus qu’un simple ustensile de cuisine, tu étais un vrai co-pain. Tu étais le 9ème compaingnon de la communauté, l'anneau qui nous unissait tous.
Avec toi, on mangeait notre pain blanc, et maintenant que tu nous a quittés, on se sent un peu comme du pain perdu… Oh oui, que les jours étaient Prosper quand tu étais là…
Malheureusement Toaster, ton envie de vivre à deux mies à l’heure t’a joué des tourtes. Et parce que tu n’as pas su séparer le bon grain de l’ivraie, le formidable feu qui t’animait t’a consumé de l’intérieur et tu as fini par péter les plombs…
Enfin maintenant on en a un tout nouveau tout beau. C’est le même que l’ancien, mais moi j’dis que malgré tout « C’EST PAAAAAAS PAAAREEEEEIIIIILLLL ! »
Parties de cartes et délires domestiques…
Comme pour les saisons, il y a toujours un mois de l’année que l’on exècre par-dessus tout, un mois qui est un cauchemar permanent, une torture annuelle à laquelle on ne peut échapper où que l’on soit, sauf à changer d’hémisphère tous les six mois afin d’éviter que le problème ne se pose. Moi c’est le mois de janvier. Je déteste le mois de janvier. Pour moi janvier c’est comme le mois de novembre, en pire.
Je dis que je déteste le mois de janvier, et c’est encore pire ici à Enniskillen. Niveau temps, c’est affreux : la pluie, le froid, le jour qui se lève vers 9h et le soir qui tombe à 16h30. Et pour ce qui est des sorties, tu es très limité. Steven le résume grossièrement par « soit tu te fais un film, soit tu te bourres la gueule ». Mouais bon, là c’est vraiment réducteur. Oui, car il y a quand même les magasins, le ciné, et le centre sportif qui sont ouverts aussi, en janvier, à Enniskillen. Bon, ok, tous les musées sont fermés jusqu’au mois d’avril et les chemins de randonnée sont impraticables à cause de la pluie, de la boue, j’en passe et des meilleures, mais franchement, ce n’est pas moi, moi qui aime marcher et me balader, qui vais m’en soucier ? Si ? Si, un peu quand même. Mais bon, j’ai trouvé la parade imparable pour ne pas trop (il y a des limites) t’ennuyer en janvier à Enniskillen : tu joues au canasta.
Le canasta, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est « un jeu de vieilles dames » comme le décrit si bien Jutta. Et là, c’est le drame ! En un instant, je viens de ruiner des heures de préparation. En un instant, je viens de détruire ce que j’ai patiemment mis en place pendant des jours et des nuits… « Comment ça ‘ un jeu de vieilles dames’ ? On ne dit pas vieilles dames, on dit dames qui se couchent tôt le soir ! » Oui, oui, c’est bon madame aouch ! je ne le referais plus aïe ! Oui, maintenant si vous mais c’est qu’elle fait mal en plus !!! si vous pouviez arrêter de me frapper avec… le… dos… de… Bon, c’est bon maintenant, ne m’obligez pas à employer les grands moyens en cassant votre collection complète des CD de Frank Michael ! votre cuiller ! Merci ! Ah la la, jamais le temps de dire quoi que ce soit ! Faut toujours que les censeurs rappliquent !
J’en étais où moi… Ah oui ! Le canasta ! (en aparté) C’est bon, elle est maîtrisée la vieille, je peux y aller ? Ok ? Ok ! Le canasta donc, c’est un jeu. _ Non ? _ Si ! De cartes. _ C’est pas vrai ?! (D’étonnement, je précise.) Ça peut se jouer de deux à six joueurs. _ OOoooohhhhh ! _ Oui bon ça va maintenant ! Je sais que j’explique extrêmement bien mais ce n’est peut-être pas la peine de dégoûter tout le monde !
Si vous voulez jouer au canasta, prenez deux jeux de cartes de 54 cartes et mélangez-les. Vous avez maintenant huit exemplaires de chaque carte (le roi, la dame, le 10, etc) et quatre jokers.
Si vous êtes deux joueurs, distribuez quinze cartes à chacun des deux joueurs ; 13 si vous êtes trois ; onze si vous êtes quatre, etc. Les autres cartes constituent le talon.
« Limpide !
_ Chut ! j’ai dit ! »
Au canasta :
- Les « 2 » et les jokers sont des jokers. Ils remplacent n’importe quelle autre carte, à l’exception des « 3 ». Les jokers valent 50 points et les « 2 » 20 points.
- Les As valent aussi 20 points.
- Les cartes du Roi au 7 exclu valent 10 points.
- Le 7 et les cartes en dessous comptent pour 5 points.
- Les « 3 » rouges sont des bonus. Ils valent 100 points chacun. Quand on a un « 3 » rouge, on doit le mettre sur la table et prendre une autre carte.
Le but premier du jeu est de faire des suites avec des cartes de même valeur. Une suite de sept carte de même valeur ou plus est appelé un canasta. On peut constituer un canasta avec au minimum quatre exemplaires de la même carte plus 3 jokers (4 Rois plus deux « 2 » et un joker par exemple). Un vrai canasta (7 Rois par exemple) compte pour 500 points et un canasta avec jokers compte pour 300 points. Un canasta constitué uniquement de jokers compte pour 1000 points.
Ensuite, il y a un tas d’autres règles plus ou moins compliquées qui rendent plus dure la possibilité d’atteindre les 5000 points, le nombre de points qui vous permet de gagner.
Voilà, ça c’était le canasta ! Là je vous ai fait la version TRES courte, car l’expérience montre qu’il faut au moins trois heures pour qu’un apprenant (c’est comme ça qu’on appelle les élèves je crois maintenant. Je trouve que c’est un mot horrible.) maîtrise à peu près les rudiments du jeu. Trois heures, c’est suffisant pour… Non c’est pas à ça que je pensais, gros vantard ! Non, trois heures, c’est suffisant pour faire plein de choses. Au choix : ranger sa chambre, passer l’aspirateur, repasser, laver du linge, écrire, mettre des photos sur le blog et tout un tas d’autres activités. Mais bon, quand on sait jouer au canasta… Tiens à ce propos, t’aurais pas trois heures à perdre là ?
Donnie Darko
« Follow me… Closer… »
Le film qui vous fait regarder votre lapin en peluche d’un autre œil.
Amour, Gloire et Beauté.
Vous connaissez certainement, du moins de titre, ce monument de la télévision française du matin sur France 2. Personnellement (mais personne ne me croira, car de toutes façons, personne ne vous croit jamais dans ces cas-là), je n’ai jamais suivi un seul épisode. Premièrement, parce que moi, je bosse le matin (enfin je vais à l’école quoi ^^), et deuxièmement, parce que j’ai mieux à faire autrement, comme regarder Titeuf sur France 3 par exemple…
Je ne sais pas depuis combien de temps cette série dure, mais ça doit bien faire une vingtaine d’années. Moi, ce qui me rend fou dans cette histoire, c’est qu’il doit y avoir des acteurs / actrices qui jouent dans la série depuis le début, et qui ont donc consacré vingt ans de leur vie à jouer Rick Machinchouette ou Donna Macbidule. Y’a peut-être même des personnages qui, au début, étaient des bébés, et qui depuis ont eu leurs propres enfants. Remarque, ils ne sont pas les seuls à faire le même boulot toute leur vie.
Mais le truc qui me fascine dans ce genre de série, c’est le nombre de meurtres, de coucheries, de réconciliations, de mariages et de divorces qui se sont produits depuis la création dans un monde si petit. Je suis sûr que si on faisait un palmarès de tout ce qui s’est produit, Monsieur S. aurait de quoi faire travailler ses Men in Dark Blue pendant des lustres !
Bon, une demi page pour en venir au sujet, ça commence à faire long, alors j’abrège !
Je ne sais pas si c’est le mois de janvier qui veut ça, ou si c’est parce qu’Enniskillen est la seule vraie ville du Fermanagh, ou bien encore si c’est parce que nous sommes des assistants (il faut entendre par là des « attractions » pour les locaux), mais toujours est-il que les rumeurs circulent à vitesse grand « V » par ici, et surtout celles nous concernant, nous, les assistants.
D’ailleurs, si on écoutait toutes les rumeurs de couple qui se font ou se défont, je serais pire qu’un salop (ou un sacré don juan c’est selon !) ! Ainsi, je serais d’abord sorti avec Jutta, avant de la larguer pour Dorothée, et ce au cours d’une soirée dans un pub où j’aurais profité de l’absence de Jutta pour conclure… Bon ok, j’ai brodé un peu l’histoire là, mais vous avouerez que toutes ces histoires ne manquent déjà pas de sel !
Plus généralement, il est vrai qu’être assistant à Enniskillen, ce n’est pas de tout repos. Je dirais même que c’est un peu comme vivre avec une pancarte dans le dos ou comme être suivi par une caméra 24h/24. Chacun de nos gestes est épié, et partout où on va, tout le monde nous connaît (la réciproque est très souvent fausse…). Bref, au bout du compte, tout le monde sait tout de nous, de A à Z, et même Z’ et Z’’, et il n’y a pas un seul endroit dans le Fermanagh où l’on ne croise pas une personne qui est le cousin au deuxième degré de la tante du beau-frère de la grande sœur de Tommy, mais-si-tu-sais-l’élève-de-Y11-que-tu-as-peut-être-vu-une-fois-depuis-septembre. Oui, c’est clair, je ne sais vraiment pas comment je fais pour ne pas m’en souvenir (sic)…
En tout cas, si je ne me rappelle plus ce que j’ai fait jeudi dernier aux alentours de 16h, je n’ai qu’à demander à Big Brother, euh je veux dire aux élèves, ils me le diront sans hésitation !


































































